À l'instar de Vincent Delerm, et de sa chanson Fanny Ardant et moi, cela reste entre nous, je ne suis pas un inconditionnel de Vincent Delerm, mais j'aime au moins ce titre, enfin pas ce titre, comprenez-moi bien, mais le titre que porte cette chanson, je crois que si j'écrivais une chanson, elle s’appellerait forcément Marianne Oswald et moi. J'aurais tant de choses à dire...

Difficile de vous expliquer quelle est la nature du ciment qui nous lie depuis toutes ces années avec Marianne, une trentaine au moins. Elle exerce sur moi toujours autant de fascination, elle m'impressionne encore, même si les années passant, j'ai fini par la considérer comme une membre de ma famille, famille artistique j'entends. Quoique. Il y a des artistes qu'on fréquente depuis si longtemps qu'on en fait des compagnons de route, avec leur consentement ou non, d'ailleurs, des frères et sœurs.
Cette voix reconnaissable entre mille, et les mots de Prévert, ceux des autres aussi, sortis du fond de la gorge. C'est une merveille de sincérité, de vérité crue. Je n'ai jamais rien entendu de pareil, d'aussi intense, mise à part sans doute dans la voix d'Antonin Artaud, sa voix d'écorché, celle de l'émission de radio dont il partagea la vedette en 1947 avec Maria Casarès, Pour en finir avec le jugement de Dieu.

Mais qui m'a fait découvrir Marianne ? Comment suis-je tombé amoureux de son œuvre ? Je n'en ai plus le souvenir. Ce qui compte pour moi, aujourd'hui, c'est de m'évertuer à poursuivre le chemin que j'ai entamé avec elle et de tout faire pour que vous appreniez à mieux la connaître.
Savez-vous qui était Marianne Oswald ? Si ce n'est pas le cas, je vous conseille vivement d'aller visionner le documentaire réalisé par Yannick N. Delhaye en 2014. En plus d'apprendre tout ou presque sur celle qui fut l'amie de Jacques Prévert, Jean Cocteau, Albert Camus ou encore René Char, vous entendrez les témoignages enthousiastes de Juliette Gréco, Jean Guidoni ou Catherine Ringer. C'est par ici.

Ce qui me touche avant tout, chez Marianne Oswald, comme chez la plupart des artistes qui habitent en moi, c'est son rapport à l'enfance, à ce qu'il y a de brut dans l'enfance : authenticité, absence de filtre, capacité à l'émerveillement.
Dans La Pension Moreau, trilogie en bande dessinée que j'ai co-conçue avec Marc Lizano, parue aux belles éditions de La Gouttière et disponible par ici, La Chasse à l'enfant, texte bien connu de Prévert qu'il écrivit dans les années 30 pour Marianne Oswald, occupe une place centrale.
J'ai continué à explorer la vie de Marianne. Je suis tombé sur son autobiographie, Je n'ai pas appris à vivre, publiée en 1948, écrite sur les conseils d'Albert Camus qu'elle a rencontré aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Le texte, facile à lire, contient la "rugosité" de l'enfance, son authenticité. Accompagné de l'introduction de Jacques Prévert, il m'a bouleversé. Indisponible depuis des années, j'ai décidé de le rééditer. N'hésitez pas à le commander par-là ou chez votre libraire indépendant.e. préféré.e. Cette édition a été enrichie d'une postface de Janine Marc-Pezet, l'amie des dernières années de Marianne Oswald.
Laurent Delmas n'a pas hésité à faire une publicité tonitruante pour ce fabuleux livre, sur France Inter, lors de sa sortie. Voyez par vous-même ici.
Et pour que le chemin commun se poursuive, nous avons souhaité avec Laurent Richard, dessinateur, compagnon de longue date et co-créateur de notre compagnie de spectacle vivant Fleuve sans rive(s), créer un spectacle autour de Marianne Oswald. Arthur Broyart, guitariste, s'est joint à nous pour cela et La femme torche est née au tout début de l'année 2025, spectacle coproduit par La Maison du livre de Bécherel. Teaser par ici et site de la compagnie par-là. Nous serons bientôt en tournée, qu'on se le dise. Pour le moment, à Rostrenen (15 novembre 2025), à Baud (7 février 2026), Saint-Brieuc (25 février 2025). D'autres dates sont presque dans les tuyaux...

Cerise sur le gâteau, l'Université de Rennes 2 a décidé de monter une exposition en 2026 consacrée à la chanteuse, partenariat entre la Bibliothèque universitaire et le département de musicologie. Si vous habitez Rennes, vous avez bien de la chance. Guettez les programmes. Vous devriez entendre parler de Marianne Oswald très bientôt. Et on espère avoir l'occasion de faire tourner cette exposition ensuite.

