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Dans mon souvenir

Autofiction en cours
19 décembre 2025 par
BROYART benoit

Un moment que ce chantier a commencé. J'ai presque l'impression que l'intention a toujours été en moi, enfin qu'elle m'a visité de nombreuses fois avant que je décide d'ouvrir cette boîte-là, de la rouvrir plutôt, puisqu'une partie de la matière première est toujours la même. Sauf que l'intention, dorénavant, est bien de transformer cette matière première en littérature.

Je m'aperçois que les premières lignes de ce projet ont été écrites peu après la découverte de Triste tigre de Neige Sinno. Un moment que je n'avais pas mesuré avec cette force que le champ de la littérature était si infiniment large. Un moment que je tournais autour, au moins vingt ans je pense. Il me manquait une forme. J'ai repensé aux textes courts que j'avais aimés, parce qu'on pouvait les penser comme les fragments d'un ensemble, notamment ceux de Pierre Autin-Grenier et de sa trilogie sobrement intitulée Une Histoire (Je ne suis pas un héros, Toute une vie bien ratée et L'éternité est inutile) et ceux de Louis Calaferte, celui du Portrait de l'enfant, de Souvenirs dans un parc, de l'Incarnation, pas celui de La mécanique des femmes. Pourquoi des fragments ? Parce qu'en tant que lecteurice, il est toujours intéressant de voir ce que l'on peut construire aussi dans les espaces qui les séparent, ce qui nous permet de les penser bientôt nôtres, soudain plus intimes, parce que l'auteurice nous laisse suffisamment de place.

Dans un entretien accordé à la Grande librairie en 2024, Édouard Louis déclare :  « La littérature autobiographique est l’art des survivants. » L'autofiction l'est peut-être encore davantage. Et c'est pour cette raison que j'en prends le chemin. Dans mon souvenir développe une série de textes courts avec une thématique commune à la lisière du fantastique, d'un décrochage léger avec la réalité, autour de la mort, du rêve et des circonvolutions de la mémoire. Quand j'évoque le fantastique, je pense entre autres à l’œuvre de nouvelliste de George-Olivier Châteaureynaud ou à celle de Murakami Haruki. On se tient à la lisière de la réalité mais c'est surtout une question de perception. Là, ce serait comme enfermer mes souvenirs dans une fiction pour les rendre méconnaissables.

Un texte entraîne l'autre. J'en ai plus d'une quinzaine pour le moment, sur un total de trente. J'aime l'idée que la forme s'invente à mesure. Quand je pourrai enfin relire ce texte d'un bout à l'autre, dans quelques mois je l'espère, il sera loin d'être achevé encore, en tout cas il formera un ensemble qu'il conviendra de retravailler patiemment.

En attendant, je vous propose ici les quelques lignes que j'ai décidé pour le moment de placer en ouverture. Et je profite de ce billet pour vous souhaiter de belles fêtes de fin d'année.

Quelle boue à l’intérieur

se déverse

Quelle feuille

craque ici

Combien de fois

revenir

Et pourquoi

toujours immobile

dans cette enfance

Noyé debout


Comment ça a creusé

lentement par galeries

sans bruit

des années durant

sans que rien ne paraisse

ou une légère fente

derrière l’œil

Et là tout sombre


D’où je parle

je sais

Toujours cette voix

petite

étranglée de colère

insuffisante

qui s’éloigne

sursaute

pleut si fort


Quand enfin

ça se taira

C’est que tu tiendras

sa main petite

serrée

pour le consoler

Et ce sera surtout

aussi longtemps

qu’il en aura besoin


Y-a-t-il eu

au moins une seule fois

l’intention de casser

quelque chose

ou quelqu’un

de te casser

de casser en toi

Jamais et pourtant

tout ce mal