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Un monde du livre en mutation

29 avril 2026 par
BROYART benoit

De partout fusent les mauvaises nouvelles. Entre la dernière étude du CNL qui montre à quel point la pratique de la lecture recule, notamment chez les plus jeunes, le placement en redressement judiciaire de l'enseigne Gibert, les difficultés rencontrées par les librairies indépendantes, la baisse des activités accessoires (ateliers, rencontres) dont les auteurices vivent (j'en fais partie), les collectivités publiques et l’État ayant refermé certains robinets, pensant que faire des économies sur la culture est admissible.

On a l'embarras du choix pour constater que le monde du livre est en crise, en tout cas ce monde tel qu'il est encore organisé aujourd'hui, boursoufflé par l'afflux de nouveautés qui ne profitent à personne et engorgent les libraires, à personne, à part aux grandes structures de diffusion-distribution liées à 10 groupes obèses qui concentrent à eux seuls 90 % de la production éditoriale. Dans cette jungle, l'indépendance résiste même si c'est difficile. Il est d'autant plus essentiel de prêter l'oreille, ou plutôt les yeux, au 10% de la production qui se débat et tente de garder la tête hors de l'eau. Soyez curieuses et curieux, défrichez, demandez conseil à votre libraire indépendant.e.

Le monde du livre est en crise et pourtant, le livre se révèle souvent un médium précieux et unique. Il ouvre les esprits, développe notre sens critique, nous permet d'apprendre tellement. Mais reconnaissons que la société capitaliste dans laquelle nous évoluons n'a aucun intérêt à travailler dans un sens qui tendrait à rendre les gens plus intelligents. Une société abêtie, dont on entretient les peurs, est bien plus facile à manipuler. 

Qui dit surproduction, dit destruction, pilonnage. C'est ce que je souhaite éviter, à ma toute petite échelle, voici toute la logique de ma démarche en circuit court. Pensons davantage écologie du livre.

Se pose aussi la question récurrente, et elle devient vraiment préoccupante, du marché de l'occasion. Les auteurices, les éditeurices et les libraires crient au scandale. Selon une étude de la SOFIA, la part d'achat des livres d'occasion représentait, en 2022, 20% du marché du livre. Elle est en constante progression. D'un côté, c'est une bonne chose. Un livre, c'est très solide. Ça peut facilement durer des années, passer de mains en mains. On le fait bien pour les vêtements. Oui mais voilà, ça pose la question des droits d'auteur. De la même façon qu'il a été instauré un droit de prêt en bibliothèque, une petite somme qui revient aux auteurices et aux éditeurices quand un livre est acheté par une collectivité, on attend une taxe qui permettrait de récupérer un peu des bénéfices de l'occasion pour faire bouillir nos marmites. Emmanuel Macron avait évoqué la chose, il y a quelque temps, mais comme tant d'autres choses évoquées... enfin bon. Côté librairies indépendantes, certaines enseignes proposent un rayon occasion. Petits prix mais marges plus élevées. Intéressant. La Grange aux livres, installée à Augan, dans le Morbihan, le fait depuis plusieurs années. 

Voilà ce qui me décide aujourd'hui, à intégrer à ma librairie, quelques livres d'occasion extraits de ma bibliothèque personnelle. Eh oui. Fonctionnement logique pour une librairie d'auteur. Je les ai lus, aimés pour la plupart, mais je ne les relirai pas. Alors à quoi bon les garder s'ils peuvent trouver une nouvelle maison. Petit prix, titres triés sur le volet, j'entretiendrai ce modeste rayon à mesure que les livres seront achetés par mes client.e.s. Si vous voulez jeter un œil, n'hésitez pas. C'est par ici. Les quelques ventes que je ferai grâce à ce nouveau canal contribueront à faire tourner ma petite entreprise en circuit court. Laissez-vous tenter et soyez-en remercié.e.s.

Résister, innover, produire peu mais mieux, et poursuivre tous nos efforts pour amener vers le livre, c'est-à-dire donner envie surtout, de lire, dans sa tête ou à haute voix, d'écrire, c'est le sens des médiations que je propose depuis plus de quinze ans maintenant (nouvel onglet sur mon site).

Dans la tourmente, gardons le cap, la tête haute, notre indépendance, et de toutes nos forces, continuons de pourfendre l'obscurantisme, le capitalisme et l'extrême-droite, qui vont si bien ensemble.